Vidé, mais obligé de crier

Point Nemo

– Vidé, mais obligé de crier –

📅 17 juin 2026 – H.

Je suis assis devant l'écran. Le clavier est là, sous mes doigts. Froid. Silencieux. Comme moi.

Je devrais écrire. Je veux écrire. Il y a tant de choses à dire. Tant de choses qui tournent en boucle dans ma tête, jour et nuit, sans jamais s'arrêter.

Mais je ne sais pas quoi dire. Je ne sais pas quoi garder pour moi.

C'est une situation étrange, terrifiante. On accumule. On accumule trop. La maladie. Le licenciement. La solitude absolue. L'expulsion qui approche comme un couperet. Les portes qui se ferment. Les gens qui rient. Les nuits sans sommeil. La faim. Le froid qui va venir. La peur. Toujours la peur.

Il y a trop de choses. Tellement trop. Elles s'empilent, s'écrasent les unes sur les autres, jusqu'à former un mur infranchissable.

Et moi, devant ce mur, je reste là. Figé.

Dès que je m'assois pour écrire, quelque chose se bloque. Les idées surgissent sans limite quand je réfléchis, loin du clavier. Elles fusent de toutes parts. Je me dis : « Voilà, maintenant je sais ce que je vais dire. »

Puis je pose mes mains sur les touches. Et plus rien. Le vide. Un silence absolu.

Comme si j'étais littéralement vidé. Comme si quelqu'un m'avait aspiré la moelle, les pensées, la voix. Je me sens amputé de tout. De mes mots. De mes souvenirs. De ma volonté. Il ne reste qu'une coquille qui respire mal.

Soudainement, je ne trouve plus rien à dire. Rien. Les idées se sont envolées, remplacées par un brouillard épais. Un trou noir.

« Parle. Ne te tais pas. Crie. Quelqu'un t'entendra. Les bonnes âmes t'entendent de loin. Elles viendront. »

Je veux croire cette voix. Je dois croire cette voix. Sans elle, j'ai déjà sombré.

Alors j'essaie. J'essaie encore. Mais la panique arrive. Elle monte en moi. L'anxiété m'envahit, bloque ma gorge, serre ma poitrine. Je ne peux plus respirer correctement.

Mon corps lâche prise. Des décharges électriques me parcourent. Mes mains tremblent. Ma vision se trouble. Les chutes de tension me clouent sur ma chaise.

Et chaque symptôme nourrit ma peur. La peur bleue. Celle qui glace. Puis la peur après la peur : ne plus jamais sortir de ce cercle, devenir fou, me réveiller dans la rue.

J'ai peur. Je n'ai jamais eu aussi peur.

Mais je ne peux plus me taire.

Même si mon corps se dérobe, même si mes mots refusent de sortir, même si je suis paralysé par ce vide terrifiant…

✧ Je crie.

Dans ce blog. Dans chaque lettre. Dans chaque partage.

Je ne sais pas si tout cela a un sens. Je ne sais pas si mon appel traversera le bruit du monde.

Mais je ne me tairai pas.

Parce que la seule chose pire que ce vide en moi… ce serait de disparaître sans que personne n'ait jamais su que j'ai crié.

📢 Je suis H.
Je suis au Maroc.
Je suis vidé, paralysé, terrifié.
Mais je suis encore là.

Ne me laissez pas tomber.
Ne me laissez pas au point Nemo.

📍 H. – Quelque part au Maroc, entre l'espoir et l'effondrement

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